Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vendredi soir vers 20h00, la salle était pleine. Remplie notamment par une classe de collège de seine et marne. Un jeune public que la pièce "les bijoux de pacotille"pouvait intéresser.
La pièce aurait pu s'intituler l'accident. Ce n'est pas le cas. Céline Milliat-Baumgartner a préféré insister à la manière de Pérec sur des choses qui peuvent paraître insignifiantes. Des bijoux de pacotille. Rien n'est insignifiant et tout est important quand on a connu un drame. On apprécie la vie à sa juste valeur. Ces petits moments qui remplissent nos journées, deux ou trois sourires, des bijoux qui ne valent rien. Mais qui nous rappellent les êtres aimés.
Une petite fille est gardée un soir avec son petit frère par un étudiant qui exerce le dur labeur de garde d'enfants pour la première fois. Les parents sont absents. Un coup de fil retentit. C'est le grand-père qui ne peut pas parler aux enfants. La petite fille incarnée par céline Milliat-Baumgartner pressent instinctivement ce qui vient de se passer. Ces parents ont eu un accident de la route du côté de Saint-Germain en Laye. Ils ne reviendront plus.
Tout le spectacle est une tentative réussie de reconstitution de la mémoire parentale perdue. La comédienne se démène. Elle grimace beaucoup et adopte le ton de la confidence légère pour ne pas effrayer son public. Rien ne transparaît de sa relation directe avec les victimes. Céline M.Baumgartner choisit de traiter le sujet avec désinvolture. Nous sommes entre gens de bonne compagnie. On peut rire de tout. Le spectacle n'est pas triste, surtout pas ennuyeux. On ne voit pas défiler les années perdues.
On a envie de pleurer mais on ne le peut pas. On est rattrapé par l'envie de vivre contre l'injustice suprême.
Cette plage si bien décrite, le symbole de vacances réussies avec des petits moyens. Ces réflexions de gosses spontanées. "Ma mère me fait chier" Et la réponse qui fuse comme un constat, comme un PV d'accident. "La mienne, elle est morte" Ah bon !, aussitôt la morale et les conventions reprennent le dessus.
A défaut de nous aider à vivre, elles supportent la vie en sauvant les apparences.
Tant que les murs sont solides, la maison ne peut pas s'écrouler.
Le malheur des autres nous aide à vivre pour le meilleur et pour le pire.
Les conventions de langage masquent mal l'indifférence mais c'est un mal nécessaire pour vivre en société.
Les objets, les odeurs, tout lui rappelle sa mère et son père. Sauf que maintenant, il n'y a plus personne pour apporter le verre d'eau la nuit et répondre aux appels de détresse.
Une pièce magnifique, un monologue implacable de lucidité et de délicatesse.
Cette pièce devrait être montrée à la télé au nom de la prévention routière.
Et pas seulement parce que la mère de céline était une actrice, elle aussi. Michèle Baumgartner a incarné Arlette, dans la femme d'à côté, de francois Truffaut, la femme du personnage joué par Depardieu. C'était une comédienne en plein essor avant qu'elle meure brûlée vive avec son époux dans un accident à l'entrée d'un tunnel à Saint Germain en Laye.
"Les bijoux de pacotille " au théâtre 14, mise en scène pauline BUREAU jusqu'au 21 mai au théatre 14 à Paris.
Philippe Soulier 15/05/2022
Michèle BAUMGARTNER

Michèle BAUMGARTNER

Tag(s) : #Théâtre
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :